Dans ma bibliothèque, j’ai l’immense chance de posséder des livres extraordinaires. Parmi ceux-ci, des compilations par année du magazine ‘La Famille”. J’ai la chance d’avoir les années 1894, 1896, 1897 et 1898.
Il s’agissait d’un magazine hebdomadaire de 14 pages. 3 pages sont plus particulièrement intéressantes : les pages modes qui sont d’ailleurs largement illustrées. Je développerai une autre fois la composition exacte de cet hebdomadaire.
Aujourd’hui, je voulais vous présenter la 1ère partie des l’article mode du fascicule du 1er avril 1894. Cela présente essentiellement le thème de la semaine et cette semaine là, c’était particulièrement savoureux !
Ce week-end, je posterai le reste de l’article qui est composé des gravures ainsi que de leurs légendes.
J’avoue que j’évite de trop manipuler mes volumes car ils commencent réellement à souffrir du temps qui passe.
COURRIER DE LA MODE
Il était une fois, une princesse belle comme le jour qui, sur le conseil de sa marraine, la fée des Lilas, avait juré de faire réaliser tous ses souhaits.
Ils le furent tous ! Vous, petites amies lectrices, qui, êtes tout jolies que pouvait l’être Mademoiselle Peau d’âne, vous pouvez ainsi qu’elle, souhaiter de riches parures, des robes couleur du Temps, du Ciel, du Soleil et de la Lune, et même un prince — inutile de dire beau : un prince est toujours beau! —pour époux.
Le printemps est là avec, sa blanche, et rose floraison de Pétales embaumés qui vous offre ses plus coquets atours. Vos vingt ans viennent avec lui, rendre toutes roses vos lèvres et vos joues, et éclairer votre regard.
La Mode , cette bonne fée qui réussit à tirer des merveilles des mains de ses habiles ouvrières, vous a fait tisser des soies et des lainages de teintes exquises, de nuances harmonieuses et indécises, : dont le coloris et la légèreté ont été jusqu’à ce jour tout à fait inconnus.
Quant au prince rêvé, les qualités de votre cœur, votre charme et votre intelligence, vous aideront puissamment à en faire la conquête.
En effet, chères petites amies, les jolis tissus que je vois chaque jour chez les fabricants les plus autorisés me font rêver à ce conte de Perrault ; je cherche à savoir la couleur d’un surah, d’un petit drap, et en le regardant attentivement, je suis heureuse qu’il est vert; aussitôt, à un mouvement de la main, le voici rose, puis après bleu, puis vert encore, mais dans un autre ton. Ma curiosité est désappointée, mais mes yeux en sont ravis et je constate que les ouvriers qui tissent aujourd’hui, doivent être les fils des héros de nos légendes du XVIIème siècle.
Ajoutez à cela les galons et les passementeries assortis aux étoffes, les broderies et les dentelles merveilleuses, les perles, les paillettes empruntées au rayonnement des étoiles et au cristal de la rosée, et vous aurez une idée des jolies choses qui se vendent chaque jour en grande quantité. Ne croyez pas que ces ravissantes créations soient réservées aux femmes riches qui dépensent sans y faire attention quelques centaines de francs pour leur moindre toilette. Non certes ; les bourses les plus modestes peuvent se permettre de desserrer leurs maillons pour l’achat de tout cela. Chacune de vous peut avoir sa robe couleur de printemps, teinte aurore, ou soleil couchant, puisque j’ai vu et touché de ces étoffes surprenantes qui, tout en étant de bonne qualité, ne coûtent guère plus de 2 à 4 fr. le mètre.
Voyez notre modèle, il est en petite soie gris-perle traversée d’un imperceptible fil crème et-orné d’une dentelle fine et légère comme une toile d’araignée ou un fil de la vierge. Cette toilette, avec sa teinte, fuyante, est couleur de nuage d’avril, de brouillard ou de buée printanière.
La teinte grise a tous les succès en ce moment, et j’ai vu, beaucoup de toilettes élégantes dans toute la gamme des gris les plus variés.
Et vous venez toutes me demander, chères curieuses, quelles seront les couleurs à la mode cette année ? Quelles sont les teintes préférées de la saison qui vient ? Je suis ravie de recevoir vos si charmantes et aimables lettres, mais bien embarrassée d’y répondre d’une façon absolue.
Les lainages verts ne sont plus verts mais rayés, pointillés, changeants. Les bleus gardent à peine leur teinte première, mélangés comme ils le sont avec du jaune, du rose, du ciel. Le mieux que je puisse vous conseiller est donc de demander des échantillons et de choisir à votre goût et à votre fantaisie.
Aussitôt Pâques viennent les fiançailles et les mariages, de nouvelles réceptions, de nouvelles fêtes en attendant le départ à la campagne ou aux ailles d’eau, aussi faut-il préparer en hâte robes élégantes et frais chapeaux.
Ces derniers sont aussi jolis et aussi seyants que possible, se mêlant aux ondulations, aux frisures et au petit chignon grec. Que nous sommes loin de ces énormes timbales, sans bords, à calottes surprenantes et à garnitures volumineuses.
Je ne peux me rappeler sans rire les rabagas, les bolivars d’il y a quelque quinze ans ; et que chacune de nous se trouvait jolie sous ces formes ridicules, maintenant qu’un piquet de fleur, qu’une aigrette et que quelques centimètres de ruban de ruban forment la coiffure de toutes nos élégantes.
Et les fleurs, sont-elles assez fraîches, assez naturelles avec leurs coloris et leurs feuillages si bien imités !
Voulez-vous ; que nous passions en revue quelques nouveautés : Les pailles sont plutôt grosses que fines, teintées elles aussi, et assez jolies pour se passer de garnitures. Un seul nœud de moire double face, un piquet de fleur coquettement posé et c’est charmant. Cette année a donné le jour à la paille «cabochons», ainsi nommée parce qu’elle forme de grosses perles tissées de deux teintes ou ton sur ton. Les volants de mousseline de soie ou de dentelle, qui encadrent si bien le visage, se porteront bientôt et n’attendront pas juillet et août, ainsi que l’an passé.
Voici un chapeau de jeune fille en paillasson vert, garni d’une guirlande de lierre avec ses fruits et de choux de moire verte ombrée; un chapeau Directoire en paille noire avec dentelle retombant sur les cheveux et grandes plumes noires élevées d’un crest Loïe Fuller.
Aux capotes, peu ou point de brides
